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Cyber-monde ou cybérie ?

Internet et inégalités

Article publié dans : La lettre emerit n°31

Date : premier trimestre 2002

Auteur : non indiqué

Résumé : Dans l’accès à Internet et dans ses usages, il existe des écarts importants entre catégories de la population. Ces écarts dépendent fortement de l’âge (les internautes sont plus nombreux chez les jeunes que chez les personnes âgées), du genre (les hommes utilisent davantage les nouvelles technologies), du statut socioprofessionnel, du niveau de revenu ou de diplôme (les catégories sociales favorisées sont plus souvent internautes), de la structuration de la famille (la présence d’enfants compte dans la diffusion des TIC) et de la localisation géographique (suprématie des urbains). Toutefois, certains écarts se creusent tandis que d’autres se réduisent parce qu’Internet est une technologie jeune donc évolutive et adaptable. Il y a avec les TIC des effets liés au processus de diffusion d’une innovation. Certains clivages peuvent n’être que temporaires, observés là où la diffusion d’Internet n’en est qu’à ses balbutiements (la diffusion ne touche alors qu’une minorité privilégiée puis se démocratise au fur et à mesure que les TIC se diffusent dans la société). Les usages des TIC dans l’univers professionnel peuvent aussi avoir un effet d’entraînement sur l’équipement des ménages pour une utilisation domestique des nouvelles technologies. Il faut aussi tenir compte des effets de certaines politiques publiques « correctives » (points d’accès publics, coûts de la connexion avec les opérateurs …). Tout écart dans la diffusion des TIC ne génère pas nécessairement une inégalité. Il existe pourtant des domaines dans lesquels un accès inégal à Internet peut être source de discriminations : le domaine du travail et l’accès à l’emploi ; le domaine de la consommation (avoir accès aux nouveaux marchés et services sur Internet) ; le domaine de la communication (exclusion des nouveaux modes de sociabilité) ; le domaine de l’exercice de la démocratie (nécessité de pouvoir participer au débat quel que soit le mode de communication). Il y a trois interprétations de l’analyse des inégalités face à Internet : la première interprétation attribue les inégalités aux imperfections du marché (la fracture numérique serait due à un rythme trop lent de diffusion du progrès technique et à une pénétration insuffisante des marchés. Dans cette perspective, la politique recommandée est une libéralisation accrue) ; la seconde interprétation part du principe que l’accès de tous à Internet est indispensable, car c’est une question de démocratisation et il existe un potentiel inexploité des TIC pour la cohésion sociale (ici, les politiques à mener concernent la démocratie technologique, le soutien des pouvoirs publics et le volontarisme associatif) ; la troisième interprétation met l’accent sur les inégalités antérieures à l’exclusion numérique (dans ce cas, la fracture numérique n’existe pas en tant que telle, elle n’est que le reflet d’inégalités sociales préexistantes. La politique préconisée ici commande d’agir d’abord sur les inégalités sociales). On note aussi trois défis majeurs posés par Internet : la liberté (Internet a un potentiel égalitaire, mais des intérêts économiques, idéologiques, politiques et culturels sont aujourd’hui à l’œuvre pour tenter de s’approprier cet outil de communication), l’exclusion (dans une économie mondialisée et une société en réseau, ne pas être connecté c’est être marginalisé) et l’éducation (apprentissage de l’accès critique et réfléchi à des informations numériques).

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Posté le 23 mai 2006 par EComtat