-recherche avancée

Récits

Education pour tous

Je suis invité à participer à ce forum, au titre de personnalité qualifiée.
Ne pouvant m’y rendre physiquement, suite à un accident, je souhaite cependant apporter une contribution écrite.
J’apporte cette contribution au titre de mon engagement comme volontaire-permanent du Mouvement ATD Quart Monde, depuis 25 ans, en France et au Sénégal.
Ma mission actuelle est de contribuer à faire en sorte que l’école progresse dans la réalisation de son ambition d’être un lieu d’éducation pour tous. Cette démarche comprend deux objectifs liés :

  1. Faire que les enfants les plus défavorisés trouvent, autant que les autres, dans l’école, un lieu de promotion,
  2. Faire que l’école devienne de plus en plus un lieu où l’on apprend ensemble, solidairement, et non un lieu élitiste, qui favorise essentiellement la réussite des uns en acceptant l’échec des autres, perpétuant ainsi les inégalités.

Les NTIC à l’école ; facteur de démocratie ou d’accroissement des inégalités ?
Je ne suis pas un expert qui aurait une pratique, en matière d’équipement, de contenus ou de pédagogie, à propos de l’usage des NTIC à l’école. Mon expérience me permet par contre d’interpeller les acteurs, pour voir comment ces nouveaux instruments qui prennent place dans nos écoles, dans nos processus de formations, peuvent contribuer à ce que l’école permette la promotion de tous ou au contraire accroissent la fracture, le fossé, entre ceux pour lesquels ces nouveaux outils permettront d’aller plus loin et d’autres, qui resteraient toujours à l’écart.
Mon propos concerne surtout l’introduction des NTIC dans la formation élémentaire et au collège, moins les usages ultérieurs dans les lycées ou l’enseignement supérieur.

L’introduction des NTIC dans le processus éducatif doit viser :

  1. de rendre l’apprenant plus actif, acteur, volontaire dans sa démarche d’acquisition de connaissances et de compétences.
  2. l’enseignant doit être de moins en moins dans une relation frontale, il devient plus un accompagnateur des élèves dans leur démarche d’acquisition de connaissances et de compétences. Il est de moins en moins celui qui sait et transmet des savoirs, de plus en plus un soutien pour favoriser l’acquisition de compétences des élèves. (les NTIC sont un atout nouveau pour transformer ce rapport formateur-apprenants)
  3. l’acquisition de compétences nouvelles ?
  • développer la créativité de chacun.
  • apprendre à travailler ensemble (aptitude à faire équipe autour d’un projet),
  • choisir, face à une somme illimitée de connaissances qui deviennent accessibles partout, les connaissances utiles, celles qui permettra à chacun de se situer lui-même dans le monde qui l’entoure.
  • L’école devient la phase première d’un processus d’acquisition de connaissances compétences et valeurs, que chacun devra continuer (de sa propre initiative) tout au long de sa vie. Il ne s’agit pas d’arriver à un niveau, un diplôme qui serait l’aboutissement, il s’agit d’être apte à s’adapter tout au long de sa vie à un monde qui se transforme de plus en plus vite.

Quelques conditions pour que tout le monde en tire profit, pour ne pas accroître inégalités et exclusion ? Je souhaite rapidement dépasser les conditions premières, d’ordre financier : bien sûr, plus ces outils seront bon marché, plus il seront accessibles à tous ! Il ne faut pas perdre de vue que l’accès au savoir, en particulier dans les pays du Sud, bloque encore fortement sur cet aspect des moyens.
Une autre condition assez évidente est la formation initiale : permettre à chacun de ne pas avoir peur de l’outil. Le coût y est lié, évidemment : l’âge de celui qui apprend, son appartenance à une culture étrangère à ces nouveaux modes de communication sont autant de freins à l’acquisition de ces outils.
Les NTIC sont en quelque sorte un nouveau langage entre les hommes. Mais tous ne sont pas égaux pour se l’approprier. Un investissement, en termes de formation, est donc nécessaire, d’autant plus grand que les personnes sont éloignées, au départ, de ce nouveau langage et de ses présupposés (familier de la technologie et du langage télévisuel).

Bruno Masurel

Posté le 5 décembre 2003 par Jean Pierre Pinet