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Récits

Messaggio dei delegati del Movimento ATD Quarto Mondo di Roma

Message de la délégation du Mouvement ATD Quart Monde de Rome

Aujourd’hui, dans le monde entier, on parle de la société de l’information, de la communication. Des milliers de messages s’échangent chaque minute, comme les SMS sur les téléphones portables. Messages reçus, écoutés, effacés avec ou sans réponse. Face à ce phénomène, on pourrait penser que les hommes sont aujourd’hui plus proches les uns des autres, plus unis et plus solidaires. Hélas !, la vérité est toute autre. Au moins pour les plus pauvres de nos concitoyens.

Cette année en Italie, deux épisodes nous ont rappelé à quelpoint sont profonds la solitude et l’abandon des plus pauvres.

A Barletta, au mois d’avril, un jeune garçon d’à peine 14 ans s’est tué parce qu’il ne supportait plus le poids de sa pauvreté. La voix du garçon de Barletta, personne ne l’a entendue : sa lancinante demande d’aide a résonné inutilement dans sa pauvre maison. Nous n’avons pas été capables de l’écouter, nous n’avons pas été capables de comprendre qu’il existe encore, dans notre pays, si près de nous, une si grande misère.

A Cercola, près de Naples, à la fin du mois d’août, Bernardo Romano, père de six enfants, s’est donné le feu et est mort deux jours plus tard. Il craignait que son contrat de travail ne soit pas renouvelé et il n’avait plus d’argent pour faire vivre sa famille Il s’est incendié pour chasser le désespoir et la pauvreté. Le feu qui a dévoré ce travailleur socialement utile de 47 ans marié et père de six enfants l’a consumé en un instant à l’intérieur de la Maison Communale de Cercola. « Comment faire, criait la mère, Patrizia, pour vivre avec moins d’un million et demi de lires par mois, en vivant à huit dans un sous sol de cinquante mètres carrés ?

Tous les deux n’ont pas trouvé d’autre moyen pour crier leur souffrance, pour lancer leur appel à l’aide.

Dans cette fameuse société de l’information et de la communication, il y a dans notre pays, dans la riche Europe, dans le monde entier, des personnes qui ne trouvent plus le chemin pour être écoutées, entendues, et comprises. C’est une honte pour chacun d’entre nous. Cela ne devrait plus arriver. Nous devons trouver un autre chemin, une autre manière de vivre, d’être hommes et d’être frères.

La communauté internationale prépare, pour l’année prochaine, un Sommet Mondial pour la societé de l’information, qui se tiendra à Genève en décembre 2003. A l’occasion de la Journée mondiale du refus de la misère, nous prenons l’engagement de faire en sorte que à Genève, on ne parle pas seulement des aspects techniques de la société de l’information, mais d’abord et avant tout de sa dimension humaine.

Jamais plus un appel sans réponse ! Jamais plus un message qui sonne dans le vide ! Jamais plus cette ignorance de laquelle les pauvres sont les victimes, cette ignorance évoquée dans le texte de cette dalle par le père Joseph Wresinski, l’homme, le prêtre, qui a brisé le silence dans lequel nous étions contraints de vivre. Il n’y aura pas une vraie société de l’information si les plus pauvres en demeurent exclus.

N’oublions jamais Bernardo Romano et le garçon de Barletta et leurs derniers et déseprés messages. Faisons tout pour que jamais d’autres personnes n’aient d’autre solution que de se donner la mort à cause de la misère.

Jean Tonglet

Posté le 17 octobre 2002 par Jean Pierre Pinet