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Récits

Témoignage envoyé pour le 17 octobre 2002 au Trocadéro à Paris

Témoignage d’un enfant réfugié (Afrique de l’Est)

Je suis un enfant Burundais. J’ai 10 ans. Quand nous étions avec mes parents au Burundi la vie était bien. Dans ce temps là je grandissais avec mes deux parents : mon papa, ma maman. Il y avait aussi mes frères et mes sœurs. Aujourd’hui, je suis seul. Je n’ai même plus un parent. Je n’ai plus de frères, ni de soeurs. Ils ont tous été tués devant mes yeux d’enfants. Je ne comprends pas pourquoi et pourquoi moi je suis encore là. Je suis là mais seul, dans un pays qui n’est pas le mien. Dans un pays où la vie n’est pas celle de mon village au Burundi. Mon coeur est comme cassé, les grands disent que je suis traumatisé par la guerre. Les mots ne sont pas importants, l’important est ce que je sens en moi et qui souvent met la colère en moi.

La vie ici n’est pas bien. Si j’ai envie de manger quelque chose comme du chocolat pour oublier un peu, il n’y a pas d’argent pour l’acheter. Au Burundi je pouvais regarder la télévision, ici je n’ai jamais vu un film. J’ai commencé à aller à l’école ici au Kenya, mais j’ai été chassé car on ne payait pas régulièrement le minerval. Ceux qui m’ont accueilli avec d’autres enfants comme moi, n’ont pas assez d’argent pour tout payer pour nous. Pendant les vacances ou bien le W.E. je vois les enfants kenyans se promener avec leurs parents, je vois aussi qu’ils vont chez leurs grands-pères et leurs grands-mères et je me dis : " Moi aussi j’avais un grand-père dans mon village, j’avais mes grand’mères, je les aimais, elles m’aimaient. Où sont tous ces grands qui nous aimaient, qui savaient nous dire les mots importants. Sont-ils morts ? En mourant ont ils souffert ? Sont ils vivants et s’ils sont vivants connaissent ils la guerre ? Et pourquoi ne me cherchent-ils pas ?

J’ai trouvé quelques sous pour aller sur Internet quand je peux. Peut être qu’un jour quelqu’un de ma famille va me reconnaître, je ne sais pas. Mais peut-être que par Internet je vais me faire des amis et construire la paix avec eux. Peut être est ce nous les enfants, qui connaissons la peur, qui sommes seuls dans la vie, qui avons faim aujourd’hui, qui pourrons dire aux autres enfants et peut-être aussi aux grands, ce que c’est la paix. Elle n’est pas un rêve, c’est notre vie difficile qui nous apprend à réfléchir sur ce qu’elle pourrait être si elle existait un jour. Sans la paix je suis sûr qu’on nous empêche de grandir. Nous avons besoin de la paix pour grandir. La paix c’est d’abord l’amitié. Mais comment être avec l’amitié, apprendre l’amitié quand on est seul, sans amis, sans parents ? Je vais quand même essayer.

Gabrielle Erpicum

Posté le 17 octobre 2002 par Jean Pierre Pinet